Histoire de la commune

La pieve de Lota, à la racine du Cap Corse, apparaît dans maints documents du Moyen-Age. A partir du XIVe siècle, avec la naissance de Bastia, elle devient plus difficile à suivre, les auteurs la mélangeant avec la pieve de Pietrabugno, chamboulée par la perte d'une partie de son littoral. C'est le cas dans le grand ouvrage de Monseigneur Agostino Giustiniani vers 1530.

Pourtant, dès le milieu du XVIe siècle, la pieve s'inscrit parfaitement dans le mouvement en cours de création des communautés. La podestaria de Fiume in là devient ensuite capella Santa Maria de lo Mandriale de Lota. Celle de Fiume in quà prend, selon les documents le nom de capella Santa Croce ou de San Martino di Lota. Aussi, les villages qui composaient la pieve de Lota selon Monseigneur Giustiniani vers 1530 –« Vient ensuite la pieve de Lota qui fait quatre cent soixante-dix feux… Elle contient les villages suivants : l'Oratoggio, Acqualto, Castagneto, Canale, le Muchiete, Mola, Aneto, Santorio, Mandriale, la Ficarella, Partine, La Vetrice, Toga avec la vallée de Pietrabugno dans laquelle sont plusieurs lieux habités, Cardo, Casevecchie, Suerta, Guaitella, Alzeto, Astima, Poggiolo »- se répartissent à l'intérieur des communautés créées : Santa Maria comptera les villages de lo Mandriale, le Partine et la Ficarella.

Assez peuplée au cours de cette période la communauté est réputée, comme le reste de la pieve pour ses vins, l'économie de la pieve de Lota, située selon un document de 1465 à l'extrême nord de la Terra del Comune -dont la frontière est le pont de Lavasina- est presque exclusivement tournée vers la vini-viticulture, même si on y élève aussi des oliviers, selon le Plan Terrier. La science du vin des lutinchi est réputée et leur vin apparaît dans le carnet d'achat du majordome du pape Paul III Farnèse.

Située très près de Bastia, la communauté participe aussi de l'économie bastiaise. Elle fournit à la nouvelle ville nombre d'habitants, qui s'y installent au fil des siècles mais participe aussi avec ses patrons-transporteurs du système bastiais, basé sur l'échange entre le vin des uns et le blé des autres, Maremmes toscane ou romaine et Plaine orientale de la Corse. Ne cultivant pratiquement pas le blé, ils sont obligés de l'acheter en échange de leur vin et payent des droits d'entrée et de sortie aux agents des gabelle bastiaises.

Cette situation met aussi les lutinchi dans la même situation que les Cap Corsins : ils sont confrontés aux déprédations des Turcs, qui s'acharnent sur leur économie marchande, capturant nombre d'entre eux, comme cela apparaît dans l'épisode fameux de Filippo de Lota, publié par Filippini. C'est la raison pour laquelle on décide comme dans le Cap Corse la construction de tours : la tour de Grisgione après 1532, en partie réédifiée en même temps que l'on construit celle de Miomo, en 1561. Les populations de la pieve sont aussi mises à contribution pour payer la construction de la tour de Pietra Nera au début des années 1580.

La proximité de Bastia entraîne aussi de gros problèmes aux lutinchi lors des conflits. Leur territoire est dévasté au cours de la Guerre des Franco-Turcs en 1553-1559, où une partie du conflit s'organise entre Bastia et Brando et où l'on construit un fort en rapprochant plusieurs maisons. Durant la Guerre de Sampiero, ils sont mobilisés par les Génois en 1564 sous le capitaine Pier'Andrea de Belgodere, mais participent peu au conflit, sinon pour partager les problèmes rencontrés par les Bastiais. De même, au moment des Révolutions du XVIIIe siècle ce n'est que tardivement qu'ils se rallient au gouvernement paoliste, leurs intérêts étant en grande partie liés à ceux des Bastiais. Encore certains d'entre eux, comme une partie des Cap Corsins ou des habitants du Nebbio resteront-ils fidèles à la métropole ligure ou s'installeront délibérément dans Bastia au cours des guerres.

La paroisse de Santa Maria de Mandriale compte 44 feux pour 192 âmes, celle de Sant'Antonio de Figarella 47 feux et 168 âmes en 1646 au cours d'une visite apostolique. Le XVIIIe siècle, avec les Révolutions de l'île voit une réduction du nombre d'habitants. En 1770, lors du premier dénombrement réalisé par les troupes françaises, Santa Maria ne compte plus que 65 feux et 267 habitants en tout se décomposant comme suit : 24 feux pour 87 habitants à Mandriale, 28 feux pour 128 habitants à Ficarella, 13 feux pour 52 habitants pour Partine. Le XIXe siècle, malgré quelques variations voit la population de la communauté s'élever rapidement pour atteindre un peu plus de six cents habitants à la veille du Premier conflit mondial. Comme le reste de l'île, Santa Maria di Lota connaît des turbulences au lendemain de la Première Guerre et une récupération postérieure. Les deux décennies qui suivent la Seconde Guerre mondiale sont, elles aussi, très défavorables : en 1946, Santa Maria comptait 781 habitants, sa populations tombe à 549 en 1954 et 637 en 1962. Mais, l'inversion des facteurs globaux et l'entrée dans le « Grand Bastia » entraîne un changement considérable tant dans la formation de la population que dans la structure même du village. Alors que la population croît fortement : elle dépasse les 1000 habitants vers 1970, les 1500 vers 1980 et tend aujourd'hui vers 2000, un déplacement du haut vers le bas du village crée de fait un quatrième élément : Miomo. Mais les efforts effectués par la municipalité limitent plus qu'ailleurs le développement en « village-rue », les autres hameaux étant eux aussi en expansion.